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Les fondements scientifiques et la validité du détecteur de mensonge

Le système nerveux qui contrôle les activités de nos organes internes (coeur, poumon, vessie, estomac, etc.) et de nos glandes se nomme le système nerveux autonome. II a été ainsi nommé puisque les chercheurs ont d’abord cru que ce système fonctionnait de façon indépendante du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). On sait aujourd’hui que le cerveau peut influencer énormément le fonctionnement de nos organes et glandes mais le nom est resté. Ajoutons par ailleurs que le système nerveux autonome opère de façon inconsciente.

Le système nerveux autonome est constitué de longues cellules nerveuses qui se regroupent en nerfs et sortent de la moelle épinière le long de la colonne vertébrale pour aller rejoindre les divers organes et glandes de notre organisme. En général, deux types de nerfs vont rejoindre chaque organe ou glande: les nerfs sympathiques et les nerfs parasympathiques. Les nerfs sympathiques ont pour effet de stimuler les organes et glandes alors que les nerfs parasympathiques ont un effet contraire qui est de ralentir l’activité des organes et des glandes. En situation normale, les deux systèmes fonctionnent en tandem pour réguler l’activité de nos organes et glandes. Par ailleurs, il arrive que les nerfs sympathiques prennent le dessus sur les nerfs parasympathiques ce qui résulte en une activation générale des organes et glandes. Les signes de cette activation sont nombreux. L’accélération du rythme cardiaque, l’augmentation du débit respiratoire, la stimulation des glandes sudorifiques et ta libération de l’adrénaline sont des manifestations, parmi d’autres, de la dominance des nerfs sympathiques sur les nerfs parasympathiques.

Dans quelles circonstances cette prédominance des nerfs sympathiques survient-elle? La recherche a démontré que cela survient lorsqu’une situation est critique ou primordiale pour l’organisme. Un stress ou une peur a peur effet de stimuler l’activité des nerfs sympathiques. Ainsi, la vue d’un prédateur chez l’animal entraîne l’activation sympathique et ses manifestations. Chez l’humain, on sait que plusieurs situations peuvent causer l’activation sympathique. Par exemple, le trac avant une performance produit chez la plupart des personnes une accélération du rythme cardiaque, l’augmentation du débit respiratoire, une stimulation de là sudation et autres manifestations de l’activation sympathique.

Dans la détection polygraphique du mensonge, on examine le degré d’activation sympathique engendré par diverses questions pertinentes se rapportant à un crime ou un événement. On compare ce degré d’activation à celui produit par des questions non directement reliées à l’événement en cause. Chez la personne qui ment, la recherche a montré que les questions pertinentes causent une plus grande activation sympathique que celle engendrée par des questions non directement reliées à l’événement.

Donc la polygraphie ne détecte pas le mensonge comme tel mais elle mesure le degré d’activation sympathique produit par des questions pertinentes chez une personne. . .

Dans la presque totalité des examens polygraphiques, des électrodes d’enregistrement sont placées à certains endroits stratégiques du corps ce qui permet de mesurer l’activité du cœur, des poumons et des glandes de sudation. Ces mesures constituent des indices fiables du niveau d’activation de la division sympathique du système nerveux autonome.

En Amérique du Nord, en Europe et dans de nombreux autres pays, la détection polygraphique du mensonge ou de la vérité est largement utilisée par plusieurs agences et organismes gouvernementaux, par de nombreux corps policiers par la communauté légale et, de plus en plus, par l’entreprise privée. L’examen polygraphique a été jugé valable par deux associations scientifiques importantes: L’American Psychological Association et la Society for Psychophysiological Research. L’utilisation de l’examen polygraphique dans la détection du mensonge ou de la vérité a fait l’objet d’une multitude de recherches scientifiques effectuées dans des laboratoires universitaires ou dans les milieux où l’examen polygraphique est utilisé. La vaste majorité des résultats de ces recherches confirment la validité et la fiabilité de l’examen polygraphique. Par exemple, deux études extensives, menées par des chercheurs de la Gendarmerie Royale du Canada en 1988 et en 1997, ont montré que l’examen polygraphique était fiable dans le dépistage de presque 100% des suspects dont on a ensuite confirmé la culpabilité, et était aussi valable dans 95% des suspects dont l’innocence fut ensuite établie. Aux États-Unis, une vaste étude scientifique, menée pour le compte du département de la justice en 1988, a révélé que l’examen polygraphique était fiable à 95% dans l’identification des suspects coupables ou innocents. Cependant, certaines études ont rapporté des niveaux de validité plus faibles (50-90%). Plusieurs facteurs peuvent influencer les résultats des examens polygraphiques. Les facteurs les plus déterminants sont: (1) l’expertise et l’expérience des polygraphistes, (2) le déroulement de l’examen et la méthodologie employée, (3) le type de questions posées durant l’examen, et (4) les méthodes d’analyse des résultats polygraphiques. Nous discuterons de l’importance de ces facteurs dans la section suivante.

Il est important de mentionner que les individus ne réagissent pas de la même manière au stress. On ne peut pas penser que l’intensité des réactions physiologiques suite à un stress, tel le mensonge, soit identique d’une personne à l’autre. On ne pourrait donc pas comparer les réponses physiologiques d’un sujet qui ment à celles d’un autre qui dit la vérité. Il faut donc comparer les réponses psychophysiologiques du sujet lorsqu’il répond à des “questions contrôles”, relativement peu menaçantes, et lorsqu’il répond à des questions plus menaçantes, directement reliées à l’événement en cause.

La fiabilité de la détection du mensonge par polygraphie est bien établie. On trouve très peu de “faux négatifs” c’est à dire des personnes qui n’auraient pas montré des changements physiologiques même si elles mentaient durant l’examen polygraphique. L’inverse est aussi vrai: on trouve peu de “faux positifs”, des personnes qui diraient la vérité aux questions posées mais qui montreraient, quand même, des changements psychophysiologiques importants lors de l’examen polygraphique. Selon les résultats de la recherche dans ce domaine, on estime à seulement 2-5% la proportion de faux positifs ou de faux négatifs, si les examens sont menés selon les normes établies.
Il faut savoir qu’il y a peu de possibilités de déjouer volontairement la procédure de détection. En effet, la recherche a démontré que l’on peut détecter le mensonge chez la presque totalité des personnes, peu importe leurs types de personnalité. Les résultats polygraphiques ne sont pas affectés par le degré de nervosité et d’anxiété des sujets. On peut déceler des changements psychophysiologiques chez les antisociaux et les menteurs invétérés. Un petit nombre de psychopathes, qui mentent presque toujours et qui se sont désensibilisés au mensonge, peuvent arriver à déjouer la procédure. Par ailleurs, cette habilité ne pourrait engendrer que des résultats de type faux négatif mais non de type faux positif. Mentionnons aussi que certaines techniques (par exemple, augmenter volontairement la tension musculaire aux extrémités du corps, effectuer des calculs mathématiques complexes en silence) peuvent altérer les réactions psychophysiologiques. Encore là, l’utilisation de ces techniques ne pourrait générer que des résultats du type faux-négatif. Finalement, les différences culturelles ne semblent pas avoir un impact sur l’examen polygraphique.

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